rien n’arrive par hasard

On dit souvent que rien n’arrive jamais par hasard, que la vie est une succession de rendez-vous.

Parfois, on croise sur notre chemin des personnes que nous avons l’impression de reconnaître, comme une partie de soi ou la réminiscence d’une vie passée.

c’est souvent troublant, ça résonne en dedans, ça vibre fort…

Et ses personnes s’inscrivent dans notre quotidien, comme si elles en avaient toujours fait partie, quelque part, en sourdine…

Elles nous deviennent presque essentielles.

Mais, il arrive parfois, que ces âmes que l’on espérait pour toujours dans notre décor, ne décident de prendre un autre chemin.

Alors, nos vies sont chamboulées, perturbées.

Il manque un instrument de musique dans notre symphonie intérieure.

ça m’est arrivé, il y a quelques temps. ça m’est arrivé quelques fois.

Des personnes que j’aimais profondément ont changé subitement, sans que je ne comprenne pourquoi.

Et venu un cortège de questions sur ce que j’avais bien pu faire de mal, ou de pas assez bien, qu’est-ce que j’avais bien pu ne pas voir… Qu’est-ce que j’avais manqué?

Je n’ai pas trouvé de réponses… Je ne suis même pas sûre qu’il y en ait vraiment.

Le chagrin dure un temps, le coeur se serre beaucoup, les yeux brûlent un peu…

Et puis, un jour, on réalise qu’il faut juste accepter, sans forcément analyser ou tenter de résoudre une équation dont on ne maîtrise pas toutes les inconnues.

Certains restent d’autres partent, c’est ainsi.

Certains sont là pour s’inscrire durablement sur notre chemin de vie, d’autres n’y sont que pour nous accompagner un moment.

Alors ce matin, j’éprouve de la gratitude pour les personnes qui ont fait partie de ma vie et l’ont quittée, parce que grâce à elles et eux j’ai appris, grandi, progressé.

Certains ont encouragé ma plume, d’autres m’ont enseigné l’art de la poésie japonisante et d’autres encore m’ont juste aimé et c’est déjà beaucoup.

On se reverra peut-être, dans cette vie ou dans une autre qui sait?

Merci pour ce temps partagé, merci pour ces heures passées et cette amitié, proche de la sororité, que je croyais indestructible, éternelle l’espace d’un instant.

Sois heureux.se mon ami.e

XOXO

Juliette

confidences aux étoiles

Avec Gael, dans le huis-clos de cette petite maison, la relation se dégrade, jour après jour.

comme un verre en cristal que l’on voit tomber au ralenti…en visualisant déjà les débris épars au sol, sans pouvoir le rattraper.

D’ébriété en gueule de bois, de cris en bouderies, de reproches ouverts en silences désapprobateurs…

elle passe par toutes les nuances de l’arc-en-ciel, la tête ailleurs, l’esprit tourmenté, comme pris dans un manège infernal, bringuebalée entre l’envie de s’envoler de sa jolie cage qui semble s’être refermée sur elle et son sens de la loyauté vis à vis de celui qui l’avait sauvée d’elle-même d’une certaine manière.

Nelson…comme une bulle, un aparté, une respiration qui rythme chacune de ses heures diurnes.

Tous les jours, lorsqu’elle virevolte entre les tables, petite jupette et lèvres carmin, ou lorsqu’elle va s’allonger sur la plage pour faire dorer sa peau de miel, ce prénom la traverse comme une fulgurance qu’elle essaie de chasser d’un revers de main.

Elle essaie de se convaincre qu’il est un peu le grand frère qu’elle aurait aimé avoir, un confident, un ami…

qu’après tout, c’est normal de se manquer en amitié…

Elle refuse d’admettre qu’elle surveille le cadran des horloges et des montres, le coeur noué au bout du balancier.

chaque soir, lorsque le soleil se replie à l’horizon et que les étoiles se reflètent sur l’océan paré d’argent, elle prépare son cocktail sucré, attrape cigarettes et téléphone et s’installe sur la terrasse surplombant le jardin.

Une gorgée de son breuvage… ses yeux se ferment avec délice pour savourer le fracas des vagues contre les rochers au loin et les mouettes qui râlent.

Et puis, elle respire très fort, regarde son écran et compose le numéro planqué sur son portable sous un prénom féminin.

Jamais en retard, toujours présent pour décrocher… Juliette sait qu’il l’attend aussi, même s’ils ne l’ont jamais verbalisé.

Et toujours, redescendre sur terre, précipitamment pour éclater cette bulle hors du temps lorsqu’une voiture s’engouffre dans l’allée, dessiner un sourire et continuer à faire semblant que les nuages partiront un jour, que tout redeviendra comme avant.

Un après-midi, alors qu’elle s’affaire à débarrasser ses derniers vacanciers, elle sent dans son dos, un regard insistant la regarder intensement.

Intérieurement, elle invoque les cieux pour que ce ne soit pas un des ses clients venant encore la draguer, dans un sempiternel cliché estival, ou pire une nouvelle smala en quête d’un goûter de retour de plage.

Un regard vers le fond de la crêperie pour surveiller le chef et elle pivote sur ses talons, sourire commercial plaqué aux lèvres.

Mais…ce n’est pas ce qu’elle se résignait à voir qui se tient face à elle.

Nelson, appuyé négligemment sur le chambranle de la porte, lui sourit en coin, comme s’il était sûr de son effet.

Juliette chancelle, les yeux pétillants de toutes les étoiles de la galaxie.

Elle jette un dernier coup d’oeil à la salle désertée puis à l’horloge et détache ses longs cheveux retenus en chignon, dénoue son tablier, court le déposer à l’office, claque une bise sur la joue de Doudou le patron avant de s’envoler, vers celui qu’elle appelle encore « son amitié clandestine ».