L’hibiscus éclaboussé #extrait 13 Une anonyme au bout du fil

Une autre à son beau-frère à qui il a emprunté une arme quelques jours auparavant pour se protéger – prétendra-t-il et une dernière à ses deux sœurs.

Puis, ce matin-là, alors que le soleil brille et que les oiseaux rendent hommage à l’azur d’un ciel estival, il gare la voiture loin des regards, dans un coin isolé, près de berge de l’allier et dispose sur la plage arrière tous les papiers compromettants, avant d’y mettre le feu.

Puis il s’assoit derrière le volant et se tire une balle dans la tête, à l’avant de l’habitacle, en flammes.

Mais sa main n’est pas assez assurée, l’incendie pas assez puissant pour ravager la scène avant l’arrivée des pompiers.

Les soldats du feu éteignent trop vite ce brasero d’acier découvrant Louis inconscient, tel un pantin désarticulé, le visage de cire, avec juste un hibiscus mouvant, qui s’élargit sur sa tempe droite.

Mettant ainsi à jour, de leurs lances, les secrets d’une famille notable pourtant, mais demain déshonorée.

Cinq jours et quatre nuits, harnaché à des machines, qui miment la vie et amarrent sur terre une âme déjà partie.

Puis l’expiration ultime, le cri de ces foutues machines : mauvaises perdantes…Et le silence…

Pauvre cueilleur d’hibiscus qui laisse son patronyme taché de sang, sa Rose, veuve et ses filles orphelines d’un père entre-aperçu.

France a sept ans et Frédérique en a treize.

Alors ensuite, on camoufle, on maquille, pour ne pas subir l’opprobre.

« On » prétend à l’accident, avec la complicité bienveillante du commissaire chargé de l’enquête et d’un cadre important de la compagnie d’assurances, par respect pour un ancien résistant qui avait tant compté pour la communauté, pour préserver la réputation de cette éminente famille.

Les journaux suspectent un temps, un meurtre, un règlement de compte, tant l’idée que cet homme puisse en arriver à telle extrémité est inconcevable.

Un silence de plomb s’abat sur celles et ceux qui restent.

Chacun essaie d’encaisser, de survivre aux créanciers qui se manifestent, aux murmures, aux questions et à la culpabilité de n’avoir pas vu ou compris le projet de mort qui germait dans l’esprit de cet homme aux abois.

Aux enfants, on raconte des voyages, des déplacements professionnels, on trouve des excuses à l’absence, on gagne du temps sur les explications.

« Il reviendra un jour… »

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