Fugue en si mineur #extrait 20 Une anonyme au bout du fil

MENTEUSE

Et, dans une sorte de triomphalisme désabusé, elle sort de son sac un épais listing de notes et moyennes ; matière par matière, élève par élève.

Juliette RICHARD :  physique-Chimie 9

Arthur ROSTAND : physique-Chimie 17

Les mâchoires de Juliette s’ouvrent et se referment d’un coup, comme un poisson hors de l’eau.

─ Non mais attends M’man, y’a une erreur là…Arthur il est nul en Physiques-Chimie ! Il est nul dans tout d’ailleurs.

Mauvaise, France siffle :

─ Visiblement, le cancre n’est pas celui qu’on croit, file dans ta chambre, on en parlera tout à l’heure avec ton père.

Pour Juliette, c’est l’incompréhension, et les mots de sa mère ; encore pires qu’une multitude de gifles.

Elle a vu dans ses yeux, de la déception mêlée de colère, comme si elle se demandait sans même tenter de le dissimuler, comment elle- psychologue émérite avait pu engendrer une telle nullité.

Elle claque toutes les portes qui se dressent sur son passage et grimpe se réfugier dans le bureau de son père, au 3ème étage de la maison et se connecte pour chercher toutes les Sylviane ROBERT à Angers ou alentour.

– pas de réponse-

Toute une tripotée de ROBERT mais aucun ne semble être de la famille de sa prof.

Elle redescend d’un niveau et s’enferme dans sa chambre pour se poser un moment.

Une froide colère prend le dessus sur sa frustration.

Elle fouille dans son bureau en bazar, sort toutes ses copies de Physique-Chimie et les yeux brouillés de larmes et de rage écrit une lettre à ses parents puis s’empare d’un sac pour y fourrer toutes les affaires qui lui tombent sous la main.

Puis elle attend d’entendre la porte d’entrée se refermer sur sa mère partie chercher son père à la gare et descend l’escalier d’un pas feutré.

A l’étage du premier, elle hésite quelques secondes devant la chambre sa petite sœur.

Fanny n’a que huit ans et risque de s’inquiéter mais il n’est que 18h, et la gare à seulement cinq minutes, elle ne sera pas seule longtemps.

Pourvu qu’elle ne trouve pas la lettre, elle n’a rien fait la petite…

Mettre de la distance pour être le plus loin possible quand ils seront de retour, remontés comme des pendules.

Juste un saut chez Sophie, pour qu’elle ne se pas de soucis…

─ t’inquiète pas, j’t’appelle !

Qu’est-ce qu’on est bête à quinze ans, évidemment qu’elle va stresser !

Trois secondes pour lui dire qu’elle s’en va, avant de reprendre sa course.

Il faudrait trouver un endroit sûr où se cacher en attendant mais plus facile à dire qu’à faire.

De parc en parc, elle traîne sa colère ; sa mère ne l’a pas crue !

L’histoire des notes, à la limite c’est moins grave, elle sait que la situation s’arrangera.

Le problème, la raison de son départ c’est que France n’a pas voulu la croire.

Son père ne la croira pas non plus alors autant les faire flipper pour qu’ils se rendent compte de leur connerie.

Le soleil se couche, le vent se lève, l’obscurité floute les contours de la ville.

Elle traîne de rue en rue sans vrai but et se retrouve presque sans s’en apercevoir dans la rue de sa meilleure amie, Armelle.

Elles sont toujours restées proches malgré le redoublement de Juliette et pire encore malgré les rumeurs un peu glauques au sujet de sa « baby-sitter » Murielle qui aurait eu une aventure avec son prof de fac.

Devinez qui ? indice : son prénom vient d’une fête catholique d’hiver, où l’on s’offre plein de cadeaux et se goinfre comme des chancres…

Mais elle est fiable, Armelle, et elle ouvre à Juliette sa porte et ses bras et la fait monter en douce dans sa chambre.

Sa mère est là, il ne faudrait pas lui attirer des problèmes.

Juliette commence à raconter l’épisode qui a mis le feu aux poudres mais qui couvait depuis longtemps.

Armelle l’écoute, comprend ce que Juliette dit comme ce qu’elle tait.

Elle connaît les histoires de famille, les silences, les mensonges et les cris.

-Coup de sonnette- Et merde !

Juliette se fige, comme suspendue…

La mère d’Armelle ouvre la porte, parle avec l’intrus ; elles ne comprennent pas les mots échangés.

Armelle chuchote :

─ Vaut mieux que j’aille voir, planque-toi dans la douche

Juliette se glisse à l’intérieur de la douche italienne intégrée à sa chambre en priant que personne ne monte.

Les minutes s’égrènent comme si c’étaient des heures.

Un commentaire sur « Fugue en si mineur #extrait 20 Une anonyme au bout du fil »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s