Espoir et chocolat #extrait 21 Une anonyme au bout du fil

Soudain, la porte s’ouvre.

Des pas se rapprochent et le visage d’Armelle sourit à une Juliette livide.

─ C’étaient tes parents, j’ai dit que je ne t’ai pas vue depuis un sacré moment…

Ouffff

Elles passent la soirée à discuter, à chercher une solution, qui ne vient pas.

Juliette n’a pas envie de finir dans un squat ou sur le trottoir, la rue ce n’est pas pour elle, ce n’est pour personne d’ailleurs…

Armelle finit par s’endormir, et Juliette reste immobile, les yeux grands ouverts à fixer les irrégularités du plafond réfléchit au lendemain.

Ce soir c’étaient seulement ses parents, demain, ça pourrait être les flics et elle n’a pas envie d’attirer des ennuis à Armelle ou à sa mère qui ont toujours été adorables avec elle.

De toute façon, Armelle a cours le samedi donc il faudrait qu’elle bouge dès qu’elle partirait au lycée.

Quand le réveil sonne, elle embrasse fort sa complice, file à la boulangerie s’acheter un pain au chocolat l’estomac dans les talons, se rend dans une cabine téléphonique et appelle son petit copain du moment François.

L’accueil est glacial, le ton cassant.

─ Juliette, c’est quoi ce bordel ? T’es folle ou quoi ? TES PARENTS ont débarqué, ils te cherchaient partout, ma mère m’a pris la tête toute la soirée, putain, tu fais chier Juliette ! laisse tomber c’est mort ! n’appelle plus…Jamais ! 

Abasourdie, les idées pas très claires suite à sa nuit grise, elle tente de s’expliquer, mais comme une détonation à l’autre bout du fil l’interrompt

Puis la tonalité, BIP.BIP.BIP…il a raccroché, violemment à priori…

Elle reste, plantée là, le combiné pendant dans sa main et qui semble se moquer d’elle avec sa tonalité à deux temps, comme un rire mécanique face à sa mine déconfite.

Elle hésite pendant un moment, trente secondes ou peut-être deux heures puisque toute notion du temps lui a échappée.

Elle s’était imaginé une histoire d’amour de cinéma, avec ce garçon beau comme un dieu mais qui semblait ignorer son charme, un peu grunge, décoiffé, nonchalant, on aurait dit Kurt Cobain, en propre et souriant.

Elle pensait qu’il la cacherait, lui apporterait des gâteaux, du café et du chocolat.

Peut-être qu’ils feraient l’amour, ensemble, pour la première fois…

Comme on scelle sa destinée à l’autre, en un pacte de chair.

Mais il avait raccroché, comme Flo avant lui, dans un autre décor, la    laissant seule face à cette sonnerie insolente qui la renvoie à la cruauté de sa solitude désabusée.

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