En terre inconnue #extrait 15 Une anonyme au bout du fil

C’est ainsi qu’un fameux 2 Janvier, toute cette « joyeuse » famille prend possession d’un joli appartement angevin, en plein cœur du centre-ville – Boulevard du Roi René, juste à côté du château.

L’immeuble est cossu avec du marbre Rose et de grands miroirs dans l’entrée.

Ils s’installent dans un T3 très lumineux avec des beaux parquets et un petit balcon.

Désormais, elle doit partager sa chambre avec sa petite sœur, mais surtout elle doit renoncer à garder son chien Tommy, adopté il y a deux ans à la SPA et confié à Rose, en attendant…

En attendant surtout que sa grand-mère se lasse de ce fardeau à 4 pattes et décide de le confier, sans concerter personne, à de vagues connaissances retraitées.

Juliette le vit comme une nouvelle trahison et n’adressera plus la parole à Rose pendant plusieurs années.

Décidément, sa confiance en les adultes s’ébranle de plus en plus pour se muer en une franche hostilité butée.

A peine deux jours après avoir posé ses valises, elle fait son entrée en 5ème au collège CHEVREUL et, contrairement à ce qu’elle craignait, sa nouvelle classe lui fait bon accueil.

Une classe de neige est prévue à peine quelques semaines plus tard et elle y participe.

Cette semaine de ski lui permet de se rapprocher encore un peu des filles de la classe, surtout celles qui partagent sa chambre.

Il y a bien un groupe de garçons dans l’autre classe de 5eme présente qui la regarde avec insistance, qui chuchote et glousse entre eux mais Juliette s’en fiche et n’y prête que peu d’attention.

Elle ne se rend pas compte des regards qui coulent sur elle, s’attardent un peu trop sur sa féminité.

A douze ans, elle en paraît seize, mesure déjà 1m65 et a hérité des formes latines de Rose.

Voluptueuse, la taille fine, une poitrine déjà très généreuse et une cambrure insolente qui vont lui valoir tout un tas de problèmes…

Comme elle n’a encore pas conscience de ce que l’on appelle des     « atouts » puisqu’elle-même ne les voient que comme des handicaps en cours de sport, elle n’imagine pas que d’autres puissent la regarder différemment.

Et puis, elle pense encore à Flo évidemment…

Lui qu’elle connaissait depuis la primaire et qui n’avait jamais eu de geste déplacé.

Ils se tenaient la main, se faisaient glisser des mots doux ou se téléphonaient le soir quand personne n’écoutait.

Pour la St Valentin, il avait demandé à sa grande sœur de l’accompagner au magasin « Bagatelles » et lui avait acheté un cœur de terre-cuite vert parfumée au jasmin, qui lui avait glissé dans la cour, le visage cramoisi.

Flo si gentil et tendre, jusqu’à ce fameux samedi, cloîtrée dans le bureau de son père et les mots qui claquent dans le téléphone ; quand en pleurs, elle lui annonce la catastrophe.

Puis ce terrible regard empreint de froideur dans la cour du collège le   lundi suivant, comme s’il voulait déjà passer à autre chose et qu’elle était responsable de cette séparation géographique sonnant déjà le glas de cette histoire d’enfants.

Pas de portable, pas d’internet ni de réseaux sociaux, juste un silence qui s’éternise et cette terrible dispute qui résonne encore.

Elle ne le reverra pas, du moins pas avant…

9143 jours…

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