Du mascara sur l’oreiller #extrait 27 Une anonyme au bout du fil

Elle ne voit toujours rien d’autre que le blanc du drap mouillé et zébré du noir qui coule de ses yeux.

Lorsqu’une main se dégage, elle est aussitôt remplacée par une poigne encore plus forte.

Et toujours ce va et vient incessant et ces garçons qui s’exhortent au-dessus de son corps prisonnier.

Elle voudrait quitter cette enveloppe charnelle abîmée, malmenée ; devenir papillon pour s’envoler, ne plus rien sentir de ces coulures visqueuses et chaudes sur ses cuisses et cette douleur cuisante, violente, juste devenir éthérée.

Lorsqu’ils arrêtent de s’agiter au-dessus d’elle, des dents lui mordent une fesse, comme un dernier outrage, une marque au fer rouge pour l’asservir encore davantage.

Puis l’emprise des mains s’évanouit enfin.

Ils s’éloignent dans la chambre en discutant et riant comme si de rien n’était, la laissent inerte sur le lit souillé. Juliette n’ose bouger franchement mais tourne légèrement la tête pour respirer et regarder la scène autour. Elle les voit alors sur un des lits jumeaux, en train de rouler ce qui semble être un joint.

La porte de la salle de bain est ouverte, à une enjambée ou deux du lit, juste en face d’elle.

Derrière un pan de cheveux, Juliette regarde ses bourreaux, qui l’ignorent complètement.

Elle est juste une distraction qui a fini de les amuser et qu’ils laissent traîner, inutile, comme la poupée de chiffon qu’elle est devenue sous leurs griffes. Elle ne sait combien de temps à durer son calvaire, ni ce qu’il va se passer maintenant. Ils vont sans doute faire quelque chose, quand ils auront écrasé leur pétard ; et ne vont certainement pas laisse choir une poupée désarticulée.

Elle doit bouger « Maintenant, Juliette !» s’enjoint -elle intérieurement. Un dernier coup d’œil à la meute, puis elle roule sur le dos, récupère ses sandales au pied du lit, saute dans la salle de bain et tourne le verrou.

Elle se fige devant le miroir crasseux et observe l’image qu’il lui renvoie, ses yeux exorbités de terreur et de haine, son visage, marbré de noir et ses longs cheveux, ébouriffés.

Son ventre se révulse, elle vomit. Quelqu’un essaie d’ouvrir la porte de son refuge, elle voit la poignée se baisser et se relever sans cesse, ça tambourine…

Putain mais je fais quoi, peine-t-elle à réfléchir. Faut que je me barre.

Mais ne peut se résoudre à passer devant eux, c’est ce qu’elle a essayé de faire tout à l’heure, et ça entraîné…tout ça. Elle refuse, ne serait-ce que mentalement, de nommer ce qui vient de se passer.

Tant pis, elle ouvre la fenêtre, regarde en bas pour estimer la hauteur. En dessous, c’est la terrasse encore déserte du bar, pourtant déjà ouvert à cette heure du matin. Si on est toujours le matin, elle ne sait plus.De toute façon, elle est déjà morte à l’intérieur, ce corps n’est plus, alors…

Elle saute.

Retrouvez la suite de cette histoire dans le roman disponible en format broché ou e-book

Une réflexion sur « Du mascara sur l’oreiller #extrait 27 Une anonyme au bout du fil »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.