saveur caramel

Dans la voiture qui la raccompagne, elle reste silencieuse, absorbée dans ses pensées, comme prise dans une lutte sans merci, entre sa raison qui la somme de recouvrer ses esprits, de devenir cette Juliette que Gael aimerait tant qu’elle soit et son fichu palpitant qui lui serine une toute autre mélodie.

Elle remercie le ciel d’avoir éloigné, colocs et petit ami pendant trois jours, pour lui offrir, ainsi, un temps inespéré de silence, une respiration, une parenthèse pour y voir plus clair dans ce méli-mélo de sentiments contradictoires.

Elle qui d’ordinaire, maîtrise chacun de ses battements de coeur et de cils, se sent tout à coup, dépassée par le tourbillon qu’elle a elle-même libéré, en ouvrant la boîte de Pandore, un soir de Soleil Levant.

Une part d’elle voudrait oublier, remonter le temps et s’interdire de composer ce numéro exhumé de son sac il y a une poignée de semaines.

Tandis que l’autre, qui semble grandir toujours un peu plus, grignote chaque soir du terrain dans le combat qui les oppose.

Quand elle pénètre enfin dans la maison près de la plage, entièrement plongée dans l’obscurité, Juliette frissonne, submergée par sa peur du noir.

Comme si les démons de jadis soufflaient dans ses cheveux et se trouvaient juste derrière, sa main tremble lorsqu’elle lutte avec la serrure piquée par le sel.

Quand le pêne de la porte cède enfin, elle s’engouffre dans le hall, poursuivie par ses cauchemars et se claquemure, telle une enfant, apeurée par le croquemitaine.

Elle fait le tour de chacune des pièces, comme on cherche à se rassurer qu’aucun monstre ne se cache dans un recoin, puis intercepte cigarettes, briquet et plaid moelleux.

Se sert un verre d’une bouteille de Chardonnay, posée là sur le comptoir d’une cuisine trop bien rangée et fait coulisser la porte-fenêtre de la baie vitrée.

La lune tout en rondeur semble l’y attendre, baignant la terrasse d’une douce aura blanche.

Juliette se pose pour la contempler et chercher dans son visage bienveillant, les réponses aux questions qu’elle n’ose formuler à haute voix mais qui lui martèlent la tête, comme dans une ritournelle.

Epuisée, elle s’endort là…puis se réveille quelques heures plus tard, mordue par le froid de la nuit océane.

Groggy, elle se faufile dans sa chambre et se glisse sous la couette toute habillée, en cherchant du museau, une odeur familière piégée dans le coton des oreillers.

Lorsque le soleil remplace dans les cieux son amour impossible ,

Juliette elle reprend sa routine de petite serveuse estivale, enfile son déguisement et galope après son bus, pour enchaîner les commandes, les sourires, les heures, et les regards furtifs vers l’avenue qui reste désespérément vide de Lui.

Comme une automate, au bout de son fil, elle termine sa journée en mode « pilote-automatique » et rentre l’âme en berne à la maison, pour dissiper ses nuages sous la douche.

Sous l’eau brûlante qui ruisselle, elle planifie sa soirée dans le calme, son rencard avec son plaid, la lune et le silence.

Il lui semble entendre la sonnerie de son portable chanter au loin, mais elle laisse la messagerie se charger de l’opportun qui insiste et rappelle encore…

Lorsque l’eau commence à tiédir; elle soupire, enturbanne ses cheveux et son corps ruisselant dans des serviettes molletonnées, allume une cigarette et regarde l’écran de son téléphone.

Trois fois un même numéro qu’elle ne connait pas et qui s’acharne à nouveau.

Elle décroche sans un mot attendant que l’intrus se présente.

Gwen…l’ombre de Nelson…bizarre… qu’est-ce qu’il me veut lui?

« Oui ? Qu’est-ce qu’il y a ? » 

« Ecoute, comme tu sais, Nel est parti pour New York mais il m’a laissé un truc pour toi et faut que je te le donne ce soir impérativement, on vient te chercher à 22h ! » 

piquée par le ton péremptoire de cet individu qu’elle connait à peine, elle se braque et refuse tout net.

Elle avait prévu une soirée calme, centrée sur elle et les réponses qu’elle se devait de trouver au fond d’elle-même.

L’autre insiste sur le caractère urgent de ce rendez-soir… Ce soir ou jamais!

Elle soupire, regarde l’heure et le miroir qui lui renvoie son visage démaquillé, sans artifice. 

Elle a intérêt à être canon cette surprise, Gwenok pour 22h… » 

« ok à tout à l’heure… Ah oui Juliette, ne met pas de talons ! »  

Et il raccroche.

La curiosité l’avait emportée sur son besoin d’introspection et elle se prépare en trompant les minutes à attendre ce rendez-vous étrange.

Lorsqu’elle entend la voiture s’immiscer dans l’allée, Juliette vérifie une dernière fois son reflet dans la psyché, laisse passer quelques minutes pour ne pas avoir l’air de se précipiter et descend, en feignant la nonchalance….

Publié par

auteure inspirée par les renaissances qui jalonnent nos vies... sur le fil des confidences

2 commentaires sur « saveur caramel »

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