Coeur grenadine

(suite du Podcast L'Ivresse du Soleil Levant)
Elle bégaie, ne reconnait pas la tessiture qui emplit ses écouteurs...envisage de s'excuser et de raccrocher.

Ses mains tremblent, elle regrette déjà d’avoir exhumé ce bout de papier vieilli, conservé pourtant au fil de ses pérégrinations.

Elle pense avoir mal déchiffré les numéros, bafouille quelques mots, glisse un prénom: Nelson…

Et perçoit un sourire à l’autre bout du fil.

« C’est moi, Juliette…. »

Comment peut-il savoir?

Jusqu’à cette seconde, il n’était qu’un souvenir qui s’efface, balayé par le vent..

Un être que l’on rencontre à un moment que l’on aimerait précisément enfouir dans les abysses de sa mémoire et que l’on enterre, forcément, comme un dommage collatéral.

Pourtant, il semble avoir pressenti que c’est elle de l’autre côté du téléphone, comme s’il avait l’absolue certitude qu’elle finirait par appeler.

Comme si un lien ténu, invisible existait depuis le soir où leurs deux planètes étaient entrées en collision brièvement, depuis cette nuit où Nelson avait joué les Superhéros face au ragondin qui avait essayé de la ploter et ce matin brumeux où leurs chemins s’étaient séparés sur un banc face à l’océan.

Les mains moites elle commence à discuter, le cœur tambourinant.

Après quelques minutes un peu hésitantes et bridées, la conversation se fluidifie comme celle de deux amis qui se retrouvent après une longue absence.

Elle raconte le lycée, la coloc’ et Gael.

Tous ces cris à l’acide, ces silences au cyanure et ce fossé qui se creuse, chaque jour davantage.

Chacune de ses phrases la dénude un peu plus, comme on se dévêt d’une cuirasse trop lourde.

Parce qu’au téléphone, planquée dans sa chambre plongée dans une semi-pénombre, et dessinant des volutes de fumée, elle se sent en sécurité.

Comme si aucune de ses confidences n’avait de conséquence dans cette intimité téléphonique, puisqu’elle n’avait qu’à raccrocher pour prétendre que tout allait bien et que rien n’avait changé.

Et puis soudain, le bruit d’une clé qui lutte dans la lourde serrure du bas tarit net le flot qui se déverse.

Elle glisse un….

« Faut que je te laisse Nelson » 

et raccroche précipitamment tandis qu’elle entend les pas qui montent inexorablement dans l’escalier en bois.

Comme une gamine prise en faute, elle enfouit son téléphone sous son oreiller et ébauche un sourire candide sur son visage barbouillé de s’être ainsi épanchée dans un combiné presque anonyme.

Pourtant…au fil des jours qui deviennent une poignée de semaines, ce rendez-vous du soir devient un essentiel dans son quotidien.

Soho-Jus d’orange et Grenadine…et une pincée de Nelson en guise d’ombrelle dans son cocktail sucré…

COEUR GRENADINE…A SUIVRE

Publié par

auteure inspirée par les renaissances qui jalonnent nos vies... sur le fil des confidences

3 commentaires sur « Coeur grenadine »

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