Candeur et fourberies…

Et Juliette (re)découvre ce que devrait être l’adolescence…

Avec sa série de drames presque enfantins, de crises de larmes pour des babioles, beaucoup de rires aussi, et de petites bêtises sans vraiment de conséquences mais qui donnent toute sa saveur à la vie.

Les démons se sont tus; vaincus ou endormis, masqués à sa vue par l’aura lumineuse qui l’entoure.

Elle virevolte, légère, apaisée de sa violence, par l’amour qui semble l’habiter.

Dans le train, ou en cours, au restaurant d’application ou au dortoir, elle devient la Juliette qu’elle était autrefois, insouciante, désinvolte, un peu peste mais rigolote.

Les nuits s’apaisent, avec ou sans les bras de Gael, les monstres se terrent dans les placards et la laissent, enfin, en paix.

Elle s’autorise à se laisser porter, à rythmer sa vie au tempo de sa respiration à lui et à rêver d’une infinité de jours rose-bonbon et de nuits rouge-passion…

Elle aimerait figer le temps pour demeurer dans cette bulle lycéenne pour toujours, mais, voit se rapprocher une nouvelle échéance, une nouvelle séparation.

Et vient le temps, redouté, de son départ en stage.

Tout l’été, en jupette noire et chemisier blanc, la taille enserrée dans un délicat tablier en coton.

Dès les premiers instants, au premier échange de regards, elle pressent que la patronne va lui en faire baver.

Elle perçoit très nettement la jalousie derrière le simulacre de sourire qu’elle lui renvoie, quand elle pénètre dans la salle du restaurant pour la toute première fois.

Pourtant, Juliette sait que si elle veut rester avec Gael, au lycée, encore une année, elle doit se plier, de bonne ou mauvaise grâce.

Et elle essaie, vraiment, de se fondre dans le décor, de devenir la petite serveuse, mignonne, gentille et docile qu’on attend qu’elle soit.

On lui délègue les tâches les plus ingrates, les tables les plus avares en pourboires.

Dans un restaurant gastronomique, les gros cochons sont engoncés dans des costards hors de prix et ils considèrent, parfois, que la stagiaire devrait être à la carte, ou couchée sur le plateau des mignardises qui accompagne le café servi dans cette fine porcelaine.

Quand elle sent, pour la toute première fois, une main boudinée, se glisser subrepticement, dans la fente arrière de sa jupe d’uniforme, elle se fige, choquée qu’un client se permette ce geste si déplacé dans une salle bondée de pingouins.

Elle cherche des yeux sa harpie de patronne, qui la regarde, un sourire mauvais au coin de ses lèvres filantes pour vite détourner le regard.

Alors, Juliette sent la colère endormie pourtant, se déverser dans chacune de ses veines.

Si c’est comme ça, et qu’on l’a prostitue presque sur l’autel d’une addition bien grasse, elle allait jouer elle aussi de son statut de débutante.

Et elle venge chaque affront qui lui est fait dans cette salle si joliment décorée, avec toute sa candeur feinte et sa maladresse simulée de jolie stagiaire gauche et maladroite.

A chaque geste déplacé, elle « trébuche » et renverse le vin qu’elle porte sur la blancheur immaculée d’une chemise ou sur un costume griffé.

Elle remplit de l’eau brûlante du percolateur les rince-doigts maison servis dans de jolis ramequins en verre ouvragé pour ébouillanter les sales paluches qui viennent impunément de la tripoter.

Elle s’excuse platement à chaque « bêtise », chaque tâche ou chaque blessure et les notes de teinturier s’amoncellent sur son passage.

La harpie sait, au fond, que Juliette fait exprès mais ne peut rien dire sous peine d’avouer qu’elle laisse les mains de ses clients se balader derrière ses genoux, le long de ses bas et bien plus haut, parfois.

Elles deux se jaugent à distance comme deux chattes prêtes à se jeter l’une sur l’autre, toute griffes dehors.

La vile sorcière fait payer le prix de son insoumission à Juliette qui enchaîne les heures, les tables, les extras, sans sourciller, pour ne pas donner à l’autre la satisfaction d’avoir gagné.

Mais un jour, son corps l’abandonne et s’effondre.

Trois semaines d’absence qu’elle récupère, cette fois, dans un relais-château de l’arrière pays.

Trois semaines dans un rôle de commis de salle, sans contact direct avec les clients, mais juste des trajets, entre la cuisine et la salle, les bras chargés de cloches en argent.

Un temps béni à l’abri du tumulte du monde, dans un écrin de verdure, loin de tout ce qu’elle connait, loin de Gael, des copines et du lycée.

Là, où elle apprend surtout à faire connaissance avec elle-même et pour la première fois probablement à apprécier la solitude.

Publié par

auteure inspirée par les renaissances qui jalonnent nos vies... sur le fil des confidences

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